Risques obstétricaux et périnataux chez les personnes atteintes de TDAH

risque

Joaquín Díaz Atienza

INTRODUCTION

 Le numéro de janvier 2014 de la revue Pediatrics 1 a publié les résultats d’une étude épidémiologique australienne remettant en question certaines hypothèses étiopathogéniques largement acceptées concernant le TDAH (trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité). Un large éventail de facteurs de risque obstétricaux et périnatals a été étudié.

L’importance de l’étude réside dans le fait que, malgré l’acceptation de l’héritabilité du TDAH à 79/80%, ² de nombreuses recherches partagent l’opinion qu’il existe d’autres facteurs, notamment obstétricaux/périnatals, qui moduleraient/faciliteraient l’expression phénotypique du TDAH, en particulier chez les femmes.

Des recherches antérieures ont établi un lien entre le TDAH et les facteurs de risque suivants : prématurité, faible poids à la naissance, consommation d’alcool et de tabac pendant la grossesse, infection des voies urinaires, encéphalopathie ischémique, méningite/encéphalite postnatale, traumatisme crânien, privation émotionnelle chez les enfants placés en institution, etc.

Récemment, l’exposition à l’ocytocine lors du déclenchement du travail a également été associée à ce facteur de risque. Enfin, les travaux de Milberger et al.<sup> 3 </sup> sont bien connus : contrairement à l’affirmation d’Ahlqvist (citée), les garçons exposés à des facteurs de risque obstétricaux et périnatals sont plus vulnérables que les filles.

MÉTHODOLOGIE DE RECHERCHE

Il s’agit d’une étude cas-témoins. Les témoins sont issus de la population générale et les cas d’un registre de santé : 12 991 cas de TDAH contre 30 071 témoins.

RÉSULTATS

1. Contrairement à ce qui a été admis,Aucune différence n’a été constatée entre les enfantsavec TDAH.

2. Les enfants présentant un risque plus élevé sont ceux appartenant au groupe dont les mères sont jeunes, célibataires et fumeuses.accouchement excessivement traumatique, les mères souffrant d’infection urinaire et ayant subi un accouchement déclenché.

3. Après ajustement statistique des variables étudiées, ni le faible poids ni l’âge gestationnel n’étaient significatifs, bien que…naissance prématuréechez les enfants, mais seulement si l’accouchement a été traumatique.

4. Chez les fillesaugmentation de l’ocytocineChez les mères pendant l’accouchement (mais pas par le biais de l’ocytocine pour le déclenchement), il agirait comme unfacteur de protection.

5. Il se distingue par sa puissanceFacteur de risque : exposition à la nicotinependant la grossesse. L’explication avancée pour ce fait est que la nicotine agit comme un modulateur de l’activité dopaminergique.

MISE À JOUR

  1. Prématurité:Thi Hoang Ha Nguyen et al (2025) 4 dans une étude de cohorte basée sur la population avec un échantillon de 1 424 453 enfants en Suède et 403 765 en Colombie-Britannique (Canada) nés entre 2000 et 2018 à 37-42 semaines ont montré que le risque de TDAH est significativement plus élevé chez ceux nés à 37 et 38 semaines que chez ceux nés à partir de 40 semaines.
  2. L’ocytocine comme inducteur du travailIl a été avancé que l’utilisation d’ocytocine pour déclencher l’accouchement constituait un facteur de risque de TDAH ou de TSA (trouble du spectre de l’autisme). Cependant, une étude récente menée sur un échantillon relativement important réfute cette association.<sup>5 </sup>
  3. Utilisation du paracétamol pendant la grossesseDans une étude de cohorte menée en Suède par Ahlqvist et al. (2024), les chercheurs ont examiné le lien potentiel entre la prise de paracétamol pendant la grossesse et le développement de divers troubles neurodéveloppementaux, dont le TDAH. Ils ont conclu à l’absence de relation causale entre le paracétamol et l’autisme, le TDAH ou d’autres troubles cognitifs. Ces chercheurs ont suggéré que les résultats d’autres publications étaient dus à des facteurs de confusion, tels que des facteurs familiaux.
  4. Utilisation de psychostimulants pendant la grossesseNous citons une autre étude de cohorte qui examine le lien possible entre la prescription des psychostimulants amphétamine, dextroamphétamine et méthylphénidate pendant la grossesse et leur lien potentiel (risque relatif) avec des troubles neurodéveloppementaux.⁷ Cette étude portait sur une cohorte de 2 496 771 femmes enceintes : 4 693 exposées à l’amphétamine/dextroamphétamine et 786 au méthylphénidate. Les auteurs concluent que ni l’exposition à l’amphétamine/dextroamphétamine ni celle au méthylphénidate n’augmentent le risque relatif de troubles neurodéveloppementaux.
  5. Exposition à la nicotine pendant la grossesseLa nicotine a été étudiée comme traitement du TDAH chez les adultes, ainsi que comme facteur de risque de TDAH chez les enfants de mères qui ont fumé pendant leur grossesse 8 .

Nous résumons ici les résultats recueillis par ces auteurs, à partir d’études de population et de cohortes, ainsi que de méta-analyses :

  • Association positive entre le tabagisme maternel et le TDAH chez les enfants présentant un raccourcissement des télomères durant l’enfance. Étude longitudinale (Howwel, 2022) 9 .
  • Association positive (Han et al., 2015) : OR : 2,64 (IC à 95 % 1,45-4,80) 10 .
  • Association positive pour des taux de nicotine dans le sang supérieurs à 50 ng/ml. OR : 2,21 ; IC à 95 % : 1,63-2,99. 11 .
  • Concernant les méta-analyses mettant en évidence une association positive, Wells et Lotfipour citent les études suivantes : Chen et al. (2020) ¹² qui ont trouvé un RR combiné de 1,58 (IC à 95 % : 1,33-1,88) ; et Sagvolden et al. (2005) ¹³ qui ont trouvé un OR de 1,60 (IC à 95 % : 1,45-1,7), le risque étant plus élevé chez les mères fumant plus de 10 cigarettes par jour (OR : 1,75 ; IC à 95 % : 1,51-2,02) que chez celles fumant moins de 10 cigarettes par jour (OR : 1,54 ; IC à 95 % : 1,40-1,70).

En conclusion, bien que la consommation de nicotine pendant la grossesse semble constituer un facteur de risque, les rapports de cotes (RC) et leurs intervalles de confiance montrent que cette association est relativement faible. Le RC le plus élevé observé était de 2,64, mais avec un intervalle de confiance (IC) à 95 % assez large (1,45–4,80), ce qui indique la faible puissance statistique de l’association.

L’expérimentation animale pourrait peut-être expliquer les altérations cérébrales sous-jacentes, même si l’on ignore si ces altérations persistent une fois l’enfant sevré de la nicotine. Vous trouverez ci-joint une image des structures affectées chez les rats de laboratoire, ainsi que des voies neurochimiques impliquées.

CERE

BIBLIOGRAPHIE

  1. Viktor H Ahlqvist 1 , Hugo Sjöqvist 1 , Christina Dalman 1 , Håkan Karlsson 2 , Olof Stephansson 4 , Stefan Johansson 5 , Cecilia Magnusson 6 , Renee M Gardner 1 , Brian K Lee 8 . Facteurs de risque environnementaux par sexe associés au trouble déficitaire de l’attention/hyperactivité. Pédiatrie  (2014) 133 (1) : e14-e22. https://doi.org/10.1542/peds.2013-1434 ]              ↩
  2. Ces résultats sont assez controversés compte tenu de la variabilité des altérations génétiques impliquées. Ils soulignent donc, d’une part, le manque de spécificité de ces observations et, d’autre part, l’abondance d’échantillons peu homogènes en termes de critères diagnostiques (voir les articles sur la génétique et le TDAH ↩]).
  3. S Milberger 1 ,  J Biederman ,  SV Faraone ,  J Guite ,  MT Tsuang . Grossesse, accouchement et complications de la petite enfance et trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité : enjeux de l’interaction gène-environnement. Biol Psychiatry. 1997 ; 41(1) : 65-75.  doi : 10.1016/0006-3223(95)00653-2 ] ↩
  4. Thi Hoang Ha Nguyen 1 ,  M. Zakir Hossin 2 ,  Stefanie Schmauder 1 ,  Julia M Muraca 4 ,  Sarka Lisonková 5 ,  Ce n’est pas une question de race . Moment de l’accouchement chez les personnes à faible risque et risque de trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité chez l’enfant : Suède et Colombie-Britannique, Canada. Paediatr Perinat Epidemiol. 2025 Jan 7. doi : 10.1111/ppe.13162 ]       ↩
  5. Lisa Kurth 1 ,  T Michael O’Shea 2 ,  Irina Burd 3 ,  Anne L Dunlop 4 ,  Lisa Croen 5 ,  Greta Wilkening 6 ,  Ting-Ju Hsu 7 ,  Stephan Ehrhardt 7 ,  Arvind Palanisamy 8 ,  Monica McGrath 7 ,  Marie L Churchill 7 ,  Daniel Weinberger 10 ,  Marco Grados 11 12 ,  Dana Dabelea 13 . Exposition intrapartum à l’ocytocine de synthèse, IMC maternel et développement neurologique des enfants dans le cadre du consortium ECHO. J Neurodev Disord, 2024 ; 16(1) : 26. doi : 10.1186/s11689-024-09540-1 . ]                ↩
  6. Viktor H Ahlqvist 1 , Hugo Sjöqvist 1 , Christina Dalman 1 , Håkan Karlsson 2 ,  Ol of Stephansson 4 , Stefan Johansson 5 , Cecilia Magnusson 6 , Renee M Gardner 1 , Brian K Lee 8 . Utilisation d’acétaminophène pendant la grossesse et risque d’autisme, de TDAH et de déficience intellectuelle chez les enfants. JAMA, 9 avril 2024;331(14):1205-1214. DOI :  10.1001/jama.2024.3172 ]              ↩
  7. Elizabeth A Suarez 3 , Brian T Bateman 4 , Sonia Hernandez-Diaz 5 , Loreen Straub 1 , Christopher J McDougle 7 , Katherine L Wisner 9 , Kathryn J Gray 10 , Page B Pennell 11 , Barry Lester 12 13 14 , Yanmin Zhu 1 , Helen Mogun 1 , Krista F Huybrechts 1 . Utilisation de stimulants sur ordonnance pendant la grossesse et risque de troubles neurodéveloppementaux chez l’enfant. JAMA Psychiatry 2024 ; 81(5) : 477-488. DOI :  10.1001/jamapsychiatry.2023.5073 ]                  ↩
  8. Alicia C Wells 1 , Shahrdad Lotfipour 2 . L’exposition prénatale à la nicotine pendant la grossesse entraîne des altérations du développement neurologique et des déficits neurocomportementaux. Adv Drug Alcohol Res, 2023 Aug 11:3:11628. DOI:  10.3389/adar.2023.11628 ]   ↩
  9. Howell, MP, Jones, CW, Herman, CA, Mayne, CV, Fernandez, C, Theall, KP, et al. Impact du tabagisme prénatal sur la trajectoire de la longueur des télomères et les symptômes du TDAH chez le nourrisson à 18 mois : une étude de cohorte longitudinale.  BMC Med  (2022) 20(1):153. doi:10.1186/s12916-022-02340-1 ↩]
  10. Han, JY, Kwon, HJ, Ha, M, Paik, KC, Lim, MH, Gyu Lee, S, et al. Effets de l’exposition prénatale à l’alcool et à la fumée de tabac environnementale sur le risque de TDAH : une vaste étude populationnelle.  Psychiatry Res  (2015) 225(1-2):164–8. doi:10.1016/j.psychres.2014.11.009 ↩]
  11. Sourander, A, Sucksdorff, M, Chudal, R, Surcel, HM, Hinkka-Yli-Salomäki, S, Gyllenberg, D, et al. Taux de cotinine prénatale et TDAH chez la descendance.  Pediatrics  (2019) 143(3):e20183144. doi:10.1542/peds.2018-3144 ↩]
  12. He, Y., Chen, J., Zhu, L.H., Hua, L.L. et Ke, F.F. Tabagisme maternel pendant la grossesse et TDAH : résultats d’une revue systématique et d’une méta-analyse d’études de cohortes prospectives.  J Atten Disord  (2020) 24(12) : 1637-47. doi : 10.1177/1087054717696766 ↩]
  13. Sagvolden, T., Johansen, E.B., Aase, H. et Russell, V.A. Une théorie développementale dynamique du trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH), sous-types à prédominance hyperactive/impulsive et mixte.  Behav Brain Sci  (2005) 28(3) : 397-419. doi : 10.1017/S0140525X05000075 ↩]

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